Février
On me l'avait collé dans les bras un peu par hasard. Revenue de vacances, la première question que l'on m'avait posée avait été : "Tu voudras quel chaton ?"... Euh, chaton ?
Et oui, entre tous les arrivants félins que nous avions ces derniers temps, ces quatre-là s'étaient distingués. Ce n'était pas tellement par leur beauté (un beau poil mi-long très doux, et de belles robes !) que par leur sauvagerie. Et avec eux, une mission : "Il faut les domestiquer !". Ah ben oui, et comment ça se manipule ces bêtes-là ?
Les autres ayant déjà plus ou moins leur place dans les bras d'autres bénévoles, c'était lui que l'on m'avait donné. Un beau chat tigré et blanc, de grands yeux effrayés, une bonne tête. Terrorisé, le chat, entre mes bras. Terrorisé la première fois que je l'ai gardé sur mes genoux. Terrorisé quand je le portais, lui parlais, le "secouais" à la demande de la responsable-en-manteau-rose qui nous avait confié cette mission. "Il faut leur apprendre la vie !"... Ah, ouais, ok. Alors on s'en donnait à coeur joie. "Désensibilisation", la clé de tout dans certains domaines. Ben on va désensibiliser tout ce petit monde !!
Mais très vite, c'est devenu autre chose qu'un jeu. Février ne changeait pas vraiment d'attitude malgré mes efforts pour l'habituer aux bêtises des bénévoles (inutile de dire qu'aucune violence n'a été faite aux animaux hein !), il ne m'appréciait pas plus, me fuyait toujours autant, et ne paraissait pas plus confiant. Et puis un jour, un jour où Falbala et Filiberta jouaient autour de nous pendant qu'il était sur mes genoux, j'ai vu son regard changer. Brillants, les yeux du petit Février qui voyaient des chatons faire les abrutis autour de lui. Vif et aux aguets, le petit Février avait sauté de mes genoux et couru après Filiberta - la plus joueuse des deux -. Février avait pris ses aises, s'était montré sous un nouveau jour. A partir de ce moment, tout a changé entre nous.
Je l'ai traité avec plus de respect, et d'admiration. Ce petit chat craintif était donc capable de vouloir jouer, de vouloir donner des baffes aux autres ? Intéressante découverte dont j'ai largement profité pour lâcher un peu plus le chat au milieu des autres, là où il était vraiment heureux et acceptait de s'exprimer.
Filiberta et Falbala sont parties - l'une a rejoint les chats plus âgés, l'autre a été adoptée -. L'un des chatons de la portée, le plus facile (et ce n'est pas peu dire, puisque "Facile" était aussi son nom...) a également quitté le refuge. Ils n'étaient plus que trois et toujours pas franchement sociables. Février, Ficelle et Flower, les trois restants, ont donc fait la connaissance de deux nouveaux camarades : Floppy, petit roux, et Facétie, écaille de tortue pure et dure et le caractère qui va avec. Pour Février, c'étaient de nouveaux camarades de jeu, et pour moi, de nouvelles choses à observer. Tout en l'obligeant parfois à rester sur mes genoux, pour l'habituer.
A cause de mes habitudes avec les chevaux, et des conseils d'une responsable bien connue, j'avais toujours tendance à utiliser ce point d'acupuncture bien pratique : celui au-dessus des yeux, qui détend l'animal. Et machinalement, je le grattais là, sans trop prêter attention au chat.
J'y étais donc, aujourd'hui même. Février étalé sur mes genoux. Une main serrée contre lui pour m'assurer qu'il ne me fausserait pas compagnie s'il prenait peur de quelque chose, l'autre à lui gratter affectueusement le front. Contre les boxes, avec des dizaines de chatons autour de nous, et Floppy alias boîte-à-ronrons, je n'ai pas entendu tout de suite. Et puis soudain, alors que Floppy était loin, qu'aucun chat n'avait de raison d'émettre ce son bien connu, je l'ai entendu : il avait les yeux fermés, et son ventre se soulevait doucement en de délicieux ronronnements. Etendu sur mes genoux, il m'a laissé lui caresser le dos, le gratter, et ç'aurait pu durer, encore et encore. La preuve, c'est moi qui ai interrompu la séance câlins...
Aujourd'hui, Février a fait un énorme pas en avant. Je suis fière de lui et surtout, je me rends compte du point auquel je vais avoir du mal à laisser cette sacrée boule de poils qui, au fil des semaines, a su se révéler être un chat merveilleux et plein de secrets.