Manque de chance caractérisé

Publié le par Ping' & GéGé

Il était arrivé dans un état lamentable. Maigre à faire peur, les côtes saillantes, il avait le comportement caractérisé du chien privé de nourriture trop longtemps : il se jetait sur la nourriture à chaque repas, de peur de manquer à nouveau. En le voyant la première fois, je n'y avais guère prêté attention. Des braques, je n'en avais connu que peu, et ne m'y intéressais à vrai dire pas. Ainsi, il n'y avait eu que ses os apparents pour attirer mon regard. "Il est arrivé comme ça", m'avait-on signifié, comme si je ne me doutais pas que c'est le passé des chiens du refuge, et non leur présent, qui les ravage.

 

Doug avait alors entamé une vie de chien de refuge normal... Ou presque. Rapidement, il avait appris à se faire connaître de tous pour un point bien précis : son aboiement strident, qu'il faisait retentir dans tout le refuge, avec une puissance que chacun avait appris à détester. Mais Doug était aussi aimé par beaucoup d'employés. Chien sans histoire, il était gentil, avait du coeur, et s'il était extrêmement agité, au moins ne provoquait-il aucun incident au sein du refuge.

 

Malgré tout, Doug ne plaisait pas vraiment. Sa maigreur ne donnait guère envie, car le braque ne grossissait pas. Et son aboiement, qu'il faisait entendre à qui le voulait bien - mais aussi à qui ne le voulait surtout pas...- n'avait lui non plus rien d'attrayant. Alors les mois passaient. Doug ne plaisait pas, personne ne le regardait, et surtout plus nous qui ne supportions plus de l'entendre.

 

Pourtant, il avait été adopté. Heureux l'employé qui l'adorait, et avait été ravi de nous l'annoncer. Heureuses nos oreilles. Heureux le refuge que ce sacré chien ait trouvé sa place. Mais c'était le genre d'histoire pas franchement faite pour durer, qui s'était finalement achevée au bout de deux jours. Motif ? Doug avait dévasté le garage. Le résultat était que, non seulement Doug était de retour, mais qu'en plus, nous étions obligés de lui coller l'étiquette "destructeur". Pas franchement vendeur, vous en conviendrez. 

 

Retour à la case départ donc, pour ce Doug qui hurlait à la mort. Malheureux Doug, insupportable Doug. 

Et la vie au refuge avait repris normalement, jusqu'à ce que Doug, alors âgé de trois ans, risque l'amputation, sinon la mort, des suites d'une blessure à la patte. L'infection, progressivement, s'était installée et emparée de la patte toute entière. Enflée, la patte de ce pauvre Doug qui nous observait de ses trois membres restants. Anormalement calme, Doug qui, abattu, souffrait. Et pourtant, ce n'était évidemment pas faute de le soigner et de combattre cette infection qui, un peu trop coriace, livrait un combat à mort avec la pauvre chien. Nous, nous attendions en répétant que ce chien n'aurait définitivement jamais de chance. Nous espérions surtout. Amputé à trois ans, ce n'était pas une vie, nous étions tous d'accord...

Mais Doug a gagné ce nouveau combat contre la vie. Sa patte a désenflé, il a retrouvé son agitation normale. Nos oreilles ont recommencé à souffrir, mais c'était presque avec soulagement. 

Pourtant, Doug n'était pas sauvé pour autant. Maigre à faire peur, il ne plaisait toujours pas, et nous ne croyions plus à quoi que ce soit pour lui. 

 

Et puis, un heureux jours de portes ouvertes, des gens étonnamment compréhensifs et surtout, apparemment amoureux, avaient posé leurs yeux sur lui. Nous le leur avions placé, ravis de le revoir partir. Et les nouvelles, bonnes, excellentes, s'étaient enchaînées. Ravis, nous écoutions cette histoire de notre petit nuage. Mais ce qui devait arriver... Arriva. Doug revint pour des raisons obscures... Nous ne saurons jamais ce qui s'est réellement passé, mais voilà, il était là, à nouveau derrière sa grille. 

 

Tout cela semblait voué à l'échec. Mais les choses avaient pourtant un peu changé. Doug lui-même, avait changé. Déjà, il s'était, en deux semaines, remplumé de sept kilos. Le braque quasi-pure-race avait récupéré une certaine classe et, dans le même temps, attirait davantage l'oeil. Radical changement, il fallait bien l'avouer. Et, aux dires de ceux qui l'avaient côtoyé avant et après, il était également plus gentil et plus attentionné. 

 

La chance semblait enfin tourner. 

 

Et il y eut ces gens. Un couple, sympathique, compréhensif à l'égard de chaque chien, attentif à mes paroles - car je m'étais chargée, dans un premier temps, de leur accueil -. Ayant dressé le portrait du chien idéal, j'avais été prête à les laisser repartir avec Djinn, croisé ratier de 4 ans lui aussi, qui n'avait pas eu plus de chance. Mais leurs regards à tous les deux s'étaient posés sur Doug, qui pour la première fois, attirait l'oeil. Inquiète, j'avais demandé conseil, ne sachant trop que faire, et avais finalement préféré abandonner cette responsabilité pour la laisser à des gens autrement plus compétents (et plus habillés en rose...) que moi. 

Alors je n'ai plus que cette image-là, maintenant. 

Ils étaient là, au portail du refuge. 

Ils ramenaient le chien après l'avoir essayé en balade.

Il y a eu ce regard lourd de signification. Ce "on le prend" décidé.

Et s'il y a beaucoup d'adoptants à qui l'on peut faire des reproches, jamais je ne remercierai assez ceux-là d'avoir agi comme ils l'ont fait.

 

Doug est maintenant heureux - sans doute -, il a sa famille, son foyer. La chance a tourné pour lui comme elle a tourné pour d'autres. Une belle histoire comme on aimerait en avoir plus à raconter...

 

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Publié dans Anecdotes

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