Cas de conscience

Publié le par Ping' & GéGé

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Six heures un peu passées. Nous sommes quatre bénévoles et une responsable qui fermons tranquillement le refuge quand soudain, une voiture. "C'est plus l'heure !" s'exclame l'une de nous. Ce n'est pas de la fainéantise mais parmi nous, il y a quelqu'un qui travaille et qui a sans doute envie de rentrer chez elle...

 

Je me dirige vers la femme qui descend de la voiture et elle prononce, après un bref échange, la phrase insupportable : "J'ai trouvé un chien, je vous l'amène". Elle n'est jamais agréable à entendre et je grimace. Enfin je me renseigne tout de même : où l'a-t-elle trouvé ? Elle me répond par le nom d'un village qui n'appartient pas à la bonne commune. Là, des explications s'imposent :

Les refuges sont attribués à une commune dont ils récupèrent les chiens errants (les chats, c'est un peu différent étant donné qu'il n'existe pas de fourrière pour eux). Les autres communes choisissent (ou non) de se rattacher ensuite au refuge du coin. Ça coûte de l'argent, évidemment. Mais l'alternative, c'est l'euthanasie des chiens errants, ou même les laisser errer. 

Dans le cas de la commune dont m'a parlé cette dame, c'était encore plus tordu : elle possède sa propre fourrière. Donc les chiens trouvés sur cette commune doivent écouler leur délai fourrière (dix jours) puis venir grossir les rangs du refuge, chez nous, donc. Ils nous arrivent donc pucés et prêts à être placés. 

 

Bon, ça c'est la théorie. Nous expliquons donc tranquillement à cette dame que nous ne pouvons prendre le chien, et qu'il doit d'abord écouler son délai fourrière. Elle râle un peu, pas méchamment, mais elle a fait le trajet jusque chez nous pour s'entendre dire que nous ne prendrons pas le chien. Nous l'orientons vers les gens à appeler en lui précisant bien qu'après 18h, ils vont être difficiles à joindre. Elle précise qu'elle gardera le chien une nuit. 

Pendant que la responsable prenait le temps de lui expliquer, nous nous approchons du chien. Un croisé labrador, une bonne tête, des yeux doux... Mais quand l'une de nous s'approche, nous entendons très distinctement un grognement significatif. Ne nous en inquiétant pas, jugeant que le chien a sans doute peur dans cette voiture et qu'il n'est pas dangereux pour autant (il se trouve à ce moment-là assis sur les genoux d'un enfant d'une dizaine d'années), nous ne disons rien.

 

Lendemain, début d'après-midi au refuge. Responsable partie chercher un chien chez le vétérinaire, nous guettons les coups de fil dans le bureau. On sonne au portail, je me lève en priant vaguement pour un placement. Je reconnais aussitôt la dame et elle commence à parler, très vite, un peu plus fort que la veille, et elle est moins aimable. Elle m'explique en une quantité impressionnante de mots comment elle n'a obtenu aucune réponse de la communauté de communes la veille, comment elle a gardé le chien dans son garage, comment son fils de deux ans et demi est entré dans le garage et s'est fait mordre au visage, et surtout comment notre association va avoir des problèmes avec la justice étant donné que nous avons "refusé de le prendre" (la vérité étant que nous n'en avons pas le droit, ou que du moins nous n'en sommes pas tenus et que cela poserait problème de toute façon). Elle est dans une colère noire, ce qui est compréhensible : elle a eu la peur de sa vie, son fils est sans doute traumatisé (et salement amoché vu ce qu'elle en dit), et elle aura pour couronner le tout des frais dont personne ne veut.

 

Alors, qui blâmer dans un cas pareil ?

 

La mère qui a laissé son fils entrer dans le garage ? Trop facile. Elle ne pouvait imaginer que le chien agresserait qui que ce soit, et je ne peux que la féliciter de ne pas vivre dans la méfiance comme d'autres le font. 

Le refuge ? Je plaide évidemment non-coupable. Il y avait un dispositif d'accueil prévu pour ce chien précis, nous étions quasiment obligés de le faire fonctionner. De plus, si elle nous avait dit que le chien était dangereux pour ses enfants (et si elle l'avait su !), nous l'aurions peut-être pris pour les protéger. Je ne sais pas.

Les communes ? C'est compliqué. On peut pester contre le fait que personne ne lui ait répondu, mais les horaires sont les horaires, c'est simplement dommage que personne ne puisse trouver un chien après 18h le soir, ou pire, trouver un chien un jour férié. Mais enfin, c'est comme ça et personne ne pouvait savoir ce que le chien ferait.  

 

Alors je vous laisse vous faire votre propre opinion. En tout cas il est clair que traiter avec les communes est loin d'être une chose facile et que je devine assez facilement que ce n'est pas le dernier cas à problèmes que nous connaissons.

 

Quant au chien, je n'ose même pas parler de ce qu'il risque. Il n'y a personne pour le défendre et il est clair que tout le monde va le pointer du doigt...

 

Abba qui, elle non plus, n'a eu personne pour la défendre...

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Publié dans Quotidien d'un refuge

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